La présence culturelle française en Italie (1880-1920)

Raphaël Muller, Université de Paris I
Dir. prof. Gilles Pécout, co-tutelle de prof. Massimo Baioni (Un. Siena)

Depuis septembre 2003, j’examine, dans le cadre d’une thèse de doctorat inscrite à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne sous la direction du professeur Gilles Pécout et à l’Università degli studi di Urbino sous la direction du professeur Massimo Baioni, la diffusion de la production scientifique, artistique et intellectuelle française en Italie entre 1900 et 1920 et tente de préciser son influence sur la sphère culturelle italienne.

Je m’efforce d’identifier le rôle respectif des différents vecteurs institutionnels ou individuels de promotion de la culture française en Italie en m’interrogeant sur ce qui, des sciences aux arts, en passant par la littérature et la langue, était diffusé et en tentant de comprendre les logiques propres à ces transferts culturels.
Peu d’études existent sur ces questions. La thèse de Pierre Milza, Français et Italiens à la fin du XIX° siècle demeure l’ouvrage de référence, mais la culture n’y est prise en compte que comme l’une des forces profondes au service de la diplomatie. Les travaux plus récents de Brigitte Waché sur Monseigneur Duchesne, d’Olivier Motte sur Camille Jullian, ou encore d’Isabelle Renard sur l’Institut français de Florence font une place plus large aux problématiques proprement culturelles, mais dans une perspective monographique et institutionnelle qu’il semble aujourd’hui souhaitable d’élargir. De plus ces travaux, dans leur grande majorité, s’intéressent avant tout aux canaux de diffusion contrôlés par des Français et beaucoup moins aux vecteurs, structures et acteurs proprement italiens.
Je souhaite, dans un premier temps au moins, inscrire mes recherches prioritairement dans une perspective d’histoire italienne et secondairement d’histoire des relations internationales. Les interrogations qui guident mes recherches sont donc les suivantes : qui, en Italie, participait à la diffusion de la production française ? Qu’est-ce qui, dans la culture française, était susceptible d’intéresser les Italiens ? Et surtout qui, en Italie, était touché par la culture française ? Comment était-elle perçue par la société italienne ? Quels discours suscitait-elle ?

Jusqu’à présent, mes recherches ont porté sur l’édition et sur l’apprentissage de la langue française en Italie, deux champs privilégiés pour examiner le rôle des structures et des acteurs italiens de promotion de la culture française en Italie.
Les registres du dépôt légal italien m’ont permis de recenser, au sein des ouvrages publiés en Italie entre 1880-1920, les textes traduits du français, ceux publiés directement en français, ainsi que l’ensemble des publications évoquant la France.
Dans le champ scolaire, mon but a été de préciser les caractéristiques de l’enseignement de la langue et de la culture française dans l’enseignement secondaire et supérieur italien, mais aussi de comprendre les débats entourant l’enseignement des langues vivantes dans l’Italie du premier vingtième siècle. Pour mener cette étude, je me suis appuyé sur le Bollettino ufficiale della Pubblica Istruzione, sorte de Bulletin officiel du Ministero della Pubblica Istruzione, puis plus récemment sur les archives du même ministère conservées à l’Archivio Centrale dello Stato, et sur les ouvrages, articles et brochures, conservés à la Biblioteca Nazionale Centrale de Florence et traitant de l’enseignement des langues étrangères.

Bien entendu, il y aura lieu, ultérieurement, de s’interroger sur les contributions respectives des institutions et des acteurs français opérants en Italie à l’effort de diffusion de la culture française en Italie.

Enfin, je serai amené à m’interroger sur la dimension politique de la présence culturelle française en Italie, qu’elle soit soutenue par des institutions ou des acteurs français ou que sa diffusion soit prise en charge et orchestrée par les Italiens eux-mêmes. Avait-elle une dimension politique au service de la lutte contre l’influence allemande ou n’était-elle pas plutôt la somme d’échanges informels et de contacts personnels sans objectif déterminé ? L’idéal serait en fait de parvenir à déterminer l’importance respective des échanges culturels contrôlés ou organisés par la diplomatie et de ceux qui lui échappaient et obéissaient à des logiques proprement culturelles.

Les premiers résultats de ces études, qui demandent bien entendu à être étayés, affinés et nuancés, m’incitent à souligner l’autonomie de la sphère culturelle par rapport aux dynamiques politiques. En effet le rapprochement franco-italien de la toute fin du siècle, ne semble pas avoir joué clairement en faveur de la diffusion de la pensée, des ouvrages et de la langue française.
Dans les deux champs examinés jusqu’à présent –l’édition et l’enseignement- les structures de diffusion avaient été mises en place précédemment, même s’il faut faire une exception pour l’enseignement supérieur où la mise en place d’un véritable enseignement de la littérature française date des années 1910
De plus les deux premières décennies du XX° siècle ne semblent avoir été réellement marquées ni par une intensification des échanges, ni par un renforcement de la présence culturelle française dans la péninsule italienne, mais au contraire par l’affermissement des présences britannique et allemande et par l’émergence d’autres modèles scandinave ou russe.